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INTERVIEW |
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Après plus de 3 ans d'absence, les ¾ de Blind Guardian (Marcus
Siepen étant resté en Allemagne) étaient à Paris pour assumer
la promo de leur nouvelle et monstrueuse galette, A Night at the
Opera (sortie le 5 mars). Tandis qu'Hansi Kürsch était en studio
en train d'enregistrer la version française de " Harvest of Sorrow
" avec l'heureux gagnant du concours Rock Hard, nous avons eu
la joie de nous entretenir avec le guitariste et co-leader Andre
Olbrich et le batteur Thomen " The Omen " Stauch. Les compères,
enthousiastes à souhait, ont été si bavards que les 30 minutes
d'interview réglementaires furent largement dépassées…
Vos fans sont nombreux à se plaindre
de votre si longue absence, vous en êtes sûrement conscients,
alors pouvons-nous savoir pourquoi se sont écoulés presque 4 ans
entre la sortie de votre dernier album et le nouveau ?
Andre : Oui, bien entendu.
Tout d'abord, la tournée qui a suivi Nightfall in Middle-Earth
s'est étalée sur toute l'année 98, et nous nous sommes remis à
composer juste après, car d'une part notre musique est très complexe,
et d'autre part nous voulons toujours proposer quelque chose de
nouveau, sans nous répéter. Il nous est toujours difficile d'accoucher
de morceaux vraiment bons et qui nous satisfassent, c'est pourquoi
la phase d'écriture nous a pris de 15 à 18 mois. Hélas la production
nous a demandé plus d'un an, cette fois (NDWill : vous comprendrez
pourquoi quand vous écouterez l'album !). Donc au total, on arrive
à une période de 3 ans et demi.
Que dites-vous aux fans qui disent que
vous glandez un peu et vous reposez sur les lauriers acquis avec
NiME… ?
Que c'est faux ! Nous travaillons sans arrêt sur de nouvelles
chansons et le nouvel album, mais la qualité a un prix, et ce
prix est le temps. On pourrait bien sûr sortir 3 albums corrects
par an, mais je ne pense pas que les fans en seraient satisfaits.
Alors on préfère maintenir la qualité et le temps que cette dernière
demande, et dépenser pas mal d'argent pour la production, pour
sortir au final un album qui soit vraiment bon… D'après nous,
du moins (rires)!! Je pense que c'est mieux pour les fans, ça
leur donne plus de détails et de nouvelles chansons à se mettre
sous la dent, et à mon sens, on apprécie plus longtemps un album
composé dans cette optique, ce qui est le cas du nouveau.
Ce qui m'a surpris à propos de cet album,
c'est que, contrairement aux précédents, et surtout à NiME, je
l'ai aimé et commencé à l'assimiler dés la première écoute… J'ai
l'impression qu'il est plus immédiat. Peut-être à cause des refrains
entêtants, plus joyeux que d'habitude ? Qu'avez-vous apporté de
nouveau sur ce disque ?
Eh bien, le processus d'écriture est un peu différent sur cet
album. Par exemple, la chanson " And then there was Silence ",
qui est la principale expérimentation de l'album, a été composé
de façon totalement inhabituelle pour nous : j'ai commencé par
les orchestrations, et c'est seulement après que j'y ai mêlé les
parties heavy. D'habitude, nous faisons toujours l'inverse. C'est
pourquoi la structure de la chanson, ainsi que certains éléments,
sonnent très différemment de ce que propose Blind Guardian habituellement.
C'est aussi pourquoi les orchestrations et les parties metal collent
si bien les unes aux autres.
C'est vrai que tout va très bien ensemble…
Oui, mais ça a été très difficile à réaliser, car nous manquions
sévèrement de culture musicale classique, en matière d'orchestrations.
Il nous a fallu travailler beaucoup là-dessus, et nous documenter,
et après plusieurs essais, nous avons finalement trouvé le moyen
d'achever ce titre.
Comment vous êtes-vous documentés ?
Vous avez pris des leçons de classique ?
Nous avons bossé en collaboration avec des gens qui ont étudié
la musique classique et tout ce qui s'y rapporte. Alors à force
d'écouter cette musique, nous avons appris beaucoup bien sûr,
mais nous n'avons pas vraiment pris de leçons. Disons plutôt que
nous avons pris des informations un peu partout, et que nous en
avons tiré ce dont nous avions besoin.
Au sujet de cette longue chanson qu'est
" And then there was Silence ", ne pensez-vous pas qu'il est dangereux,
commercialement, de sortir en single de 14 minutes ?
Nous avons fait ce choix car, comme tu le disais, beaucoup de
fans se plaignaient de notre long silence, alors on a voulu leur
montrer pourquoi nous sommes restés si longtemps silencieux. La
meilleure raison que nous pouvions leur apporter était de leur
montrer cette chanson. Elle parle d'elle même : quiconque l'écoute
se rend bien compte qu'on ne peut pas créer un truc pareil en
quelques mois ou quelques semaines… C'est aussi une façon particulière
de dire aux fans : "Merci d'avoir attendu, au moins vous en aurez
pour votre argent ! " Et il y a une autre raison : nous voulions
montrer qu'il n'est pas toujours nécessaire de suivre les lois
du business, et faire un pied de nez à tous ceux qui pensaient
que nous sortirions une ballade en single afin d'être populaires.
Je pense que le heavy metal devrait être révolutionnaire, et aller
à l'encontre des modes…
Je comprends, mais n'est-ce pas déjà
le cas ?
Si, mais pas toujours. Je crois que certains groupes ont un peu
perdu cette philosophie. Alors on a voulu montrer qu'il est toujours
possible de faire du heavy metal avec son cœur, sans suivre les
modes, et de connaître quand même le succès.
Cette chanson est-elle longue délibérément,
ou s'est-elle allongée naturellement au fil de la composition
?
Ca s'est fait tout seul. Etant donné que j'ai commencé avec les
orchestrations, et que ces parties étaient assez longues, nous
nous sommes retrouvés avec le premier refrain au bout de 6 minutes.
Sachant cela, il était évident qu'on ne pouvait pas faire une
chanson de 7 minutes, car on n'aurait eu qu'à ajouter une outro
(rires) ! Alors, comme le thème était très visuel et qu'il pouvait
encore être travaillé, on s'est dit: " OK, laissons évoluer la
chanson dans un style épique, de façon à ce qu'elle se déroule
naturellement ", et nous nous sommes retrouvés avec une version
de 12mn. Puis, nous avons eu quelques idées supplémentaires pendant
la phase de production, et c'est ainsi que le morceau a atteint
ces 14mn. Mais ce n'était pas intentionnel.
Quand on écoute la chanson, tout se
marie et se mélange merveilleusement bien, on ne se rend pas du
tout compte qu'elle dure si longtemps…
Thomen : Le truc c'est qu'à
mon sens, il est impossible de supprimer ne serait-ce que 20 secondes
de cette chanson. Elle se tient telle qu'elle est, c'est une entité.
Impossible de dire : " Bon, on va faire 3 chansons à partir de
ce morceau ". Ca n'aurait aucun sens, elle serait complètement
différente.
Andre : Il y a une ligne
directrice qui unit tout le morceau, et qui t'apporte l'histoire…
Thomen (hilare et excité
comme une puce): Ouais, ça monte, ça monte jusqu'au refrain, puis
il y a cette partie qui te soulève comme ça !!!…
Andre : …en
quelque sorte, ça réveille des sentiments…
Thomen : Oui, disons qu'il
y a beaucoup d'idées dans ce titre.
A vous entendre parler de ce morceau,
sa construction peut faire penser à une pièce s'apparentant au
progressif, de par sa structure complexe, sa longueur, et sa richesse
musicale. Etes-vous d'accord ?
Andre : Oui, c'est progressif,
bien sûr. C'est la première fois que nous nous attaquons à pareille
entreprise, c'était un vrai défi, qui s'est avéré devenir une
pièce maîtresse. Je veux dire par-là qu'il s'agit de l'œuvre la
plus difficile que nous ayons jamais réalisée. Tout le monde a
un peu sous-estimé cette chanson, jusqu'à ce qu'on s'attaque à
la production, puis elle nous a pris environ 30% de la durée totale
de production de l'album. Nous y avons donc mis tout notre cœur,
et chacun s'y est investi à fond, à tel point qu'elle est devenue
notre morceau favori à tous !
En fait, si je vous parlais de progressif,
c'est aussi parce que ce soir, Dream Theater joue à Paris. Vous
aimez ce groupe ?
Oui ! Ce sont des musiciens géniaux. Je trouve qu'eux aussi suivent
leur voie dans un style qui leur est propre. C'est un groupe que
je respecte beaucoup car il est de ceux qui font vraiment quelque
chose pour la musique.
Thomen : Au fait, je n'ai
pas entendu leur nouvel album. Il paraît qu'il est un peu particulier.
Oui. En gros, il se compose de 2 CD.
Le premier est assez expérimental, avec des aspects très contrastés
dus aux influences de Pantera et de Radiohead entre autres, pour
prendre des extrêmes, tandis que le second CD est dans la veine
traditionnelle des albums de DT, et il consiste en un seul morceau
de 42 minutes…
Ah ouais ? Je serais curieux d'entendre ça. Il faut absolument
que je pose une oreille là-dessus, dés que j'en aurai l'occasion
!
J'espère que vous ne serez pas trop
crevés pour venir les voir au Zénith ce soir ! Changeons de sujet
: comment va Hansi ? Où en sont ses problèmes de surdité, c'est
terminé?
Andre : Oui, c'est terminé.
Il a mis 6 mois pour récupérer, et les premières semaines ont
été vraiment difficiles. Il a dû arrêter toute activité musicale,
alors on en a profité pour composer. Il a dû suivre une thérapie,
et je crois qu'il n'a rien perdu des ses capacité auditives.
Vous avez dû avoir très peur…
Thomen : Oh ça oui ! Certains
disaient " C'est bon, il n'y a rien à faire, ça passera ! ", mais
pour nous il était hors de question de ne pas réagir. Il est allé
chez le médecin, qui lui a ordonné une thérapie. C'a été très
dur pour Hansi, à cause de la pression, il disait qu'il avait
l'impression que sa tête allait exploser.
Dire qu'il y a des mauvaises langues
qui vous appelaient déjà "Deaf Guardian "…
Andre : Ah oui ? Eh bien ils
pourront se rendre compte que sur le nouvel album, Hansi chante
aussi bien, si ce n'est mieux, qu'avant. Certains disent que ce
n'est pas très grave d'avoir un chanteur qui entend mal. Mais
c'est complètement idiot, ce serait désastreux ! Si Hansi avait
perdu de son oreille, comment pourrait-il savoir s'il chante juste
ou faux, par exemple ?
Qu'en est-il de sa voix, justement
? Prend-il des cours de chant, et comment prend-il soin de ses
cordes vocales ? Car il a une façon bien particulière de chanter…
Depuis quelques années maintenant, Hansi étudie auprès d'un chanteur
classique, qui lui apprend comment placer sa voix et s'en servir
de façon optimale. Je crois que ça s'entend au fil des albums,
car il chante de mieux en mieux. Je pense notamment qu'il n'a
jamais aussi bien chanté que sur A Night at the Opera. Sa tessiture
s'est élargie, il peut chanter bien plus haut qu'avant.
Est-ce Hansi qui joue de la basse sur
l'album, ou Oliver Holzwarth ? Et qu'en sera-t-il de la scène
?
C'est Oliver qui a enregistré les parties de basse sur l'album
et qui les jouera sur scène, car nous avons trouvé que ce système
fonctionnait très bien sur la tournée NiME. Hansi est soulagé
de n'avoir plus à se soucier de la basse, il peut dorénavant se
consacrer pleinement au chant, et s'y donner à fond, ainsi que
des 1001 choses dont il doit s'occuper au niveau de la composition
et de la production. Cet arrangement satisfait tout le monde.
Il n'est cependant pas question qu'Oliver
fasse vraiment partie de Blind Guardian…
Non. Blind Guardian c'est nous 4, et ça l'a toujours été. Nous
fonctionnons comme ça depuis 17 ans maintenant, nous nous connaissons
très bien et voulons que le groupe garde ce line-up. On ne pourrait
y inclure un nouveau membre sans que ça bouleverse l'ordre des
choses. Nos méthodes sont établies, nos rôles sont définis, il
n'y a pas de place pour une personne supplémentaire. Et Oliver
est tout à fait d'accord là-dessus. Il sait que les 4 membres
de BG sont potes depuis des années - ça remonte au lycée, et qu'il
aurait beaucoup de mal à s'intégrer comme membre permanent. Il
n'y serait pas à l'aise. Franchement, cette configuration est
très bien comme ça.
Pour finir avec Hansi, pensez-vous
que son expérience avec Jon Schaffer au sein de Demons & Wizards
a apporté un nouvel aspect dans sa manière de composer ? En tout
cas on n'entend rien qui rappelle D&W dans ANatO…
Non, en effet. Demons & Wizards est un side-project, c'est une
véritable parenthèse pour Hansi vis-à-vis de son implication dans
Blind Guardian. On ne peut ni ne doit mélanger les deux, d'ailleurs
Hansi a travaillé de façon très différente pour D&W, par rapport
à ce qu'il a l'habitude de faire avec nous. Il sait faire la part
des choses, c'est pourquoi tu ne trouveras rien dans Blind Guardian
qui rappelle la musique d'Iced Earth ou même de D&W.
Iced Earth a joué à Paris il y a 2 semaines,
et c'était un concert monumental. Tu connais personnellement Jon
Schaffer ?
Oui, nous sommes amis ! On est allés les voir en Allemagne il
y a quelques semaines. C'est vrai que sur scène ils sont très
impressionnants, c'était un super concert.
Revenons à l'album : je trouve que les
guitares sonnent différemment des albums qui précèdent NiME. On
dirait que vous avez un son un peu différent depuis 1998, avec
des guitares qui " crient " plus. Avez-vous changé votre matériel
? Est-ce une question de réglages ?
Cette fois, j'ai essayé de composer avec certains sons. D'habitude,
on ne se soucie du son qu'au moment de produire l'album. Là, j'avais
déjà quelques sonorités un peu étranges en tête, que j'ai enregistrées
à l'avance, en me disant que ceci devrait sonner ainsi, que cela
devrait sonner d'une autre façon, etc. Disons que j'étais plus
sûr de ce que je voulais. Du coup, comme ils étaient définis depuis
la phase d'écriture, les morceaux sont plus… naturels. Le son
n'est plus un élément adjacent à la musique, il fait vraiment
partie d'elle, avec ce procédé. Ainsi la musique est plus homogène
au sein de chaque chanson. Et puis cette fois, je me suis vraiment
amusé à essayer des trucs, c'était carrément expérimental ! Des
nouveaux effets de guitares, un peu bizarres parfois, ou inhabituels.
Nous voulions vraiment un album très produit, avec des détails
partout, afin qu'il sonne moins brut, plus moderne.
J'ai effectivement remarqué des sonorités
assez nouvelles pour Blind Guardian, mais on trouve toujours des
morceaux typiques de Blind Guardian, comme " Sadly sings Destiny
", qui me rappelle vraiment " Imaginations from the other Side
", ou " Somewhere far beyond "…
En chœur : Ah bon ???
Andre : Je dirais au contraire
que cette chanson va totalement à l'encontre de ce qu'on a composé
par le passé, car elle est construite uniquement sur du rythme,
et non sur les mélodies. La particularité de BG est d'écrire une
musique qui s'appuie sur les mélodies, d'habitude. Et ce n'est
vraiment pas le cas de " Sadly sings Destiny ", qui a été bâtie
autour de la batterie et de la basse, et je trouve que ça s'entend.
Ah ? Ben merde ! L'intro me fait vraiment
penser à la chanson " Imaginations… " pourtant ! Et le refrain
me paraît familier !
Oui, sûrement parce que le refrain est la seule partie de cette
chanson à être du Blind Guardian typique. C'est vrai que c'est
ce qu'on retient le mieux, une fois la chanson finie. Mais je
t'assure qu'en composant ce titre, on a vraiment suivi un procédé
d'écriture très différent ce qu'on fait d'habitude !
OK. Au sujet des autres chansons, je
sais qu'Hansi est en studio au moment où nous parlons, en train
d'enregistrer la version française de " Harvest of Sorrow ", la
face B de votre nouveau single. Il paraît que plusieurs versions
en différentes langues sont prévues…
Thomen : Oui. La version française
sera en bonus track sur le pressage français de l'album. Nous
avons prévu 3 autres versions : une pour l'Espagne, une pour l'Argentine
(NDWill :eh oui, il doit y avoir des différences entre l'espagnol
espagnol et l'espagnol argentin, à moins que le texte ne diffère
un peu en fonction des cultures), et une pour l'Italie. Et nous
enregistrerons peut-être une version pour le Japon… peut-être…
(sourire)
Quoi ? Hansi va chanter en japonais
???
Andre : Oui, on va essayer.
Beaucoup de gens se plaignent qu'on ne tourne pas assez. Alors
au cours de la prochaine tournée, on interprétera cette chanson
dans la langue des pays où nous serons, comme un clin d'œil en
guise de remerciement envers les fans pour leur fidélité et leur
patience. Et d'un autre côté, c'est plutôt marrant.
Et il n'y a pas de version allemande
?
Eh non ! On sait que les gens s'y attendent, mais bon… Les fans
allemands nous voient déjà assez comme ça, on n'a pas besoin de
se rappeler à leur bon souvenir. Ces versions en d'autres langues
sont surtout là pour remercier le public étranger.
J'ai entendu dire que nous aurions bientôt
droit à un nouveau disque live…
Andre : Oui. Nous avons maintenant
pas mal de chansons qui sonnent bien en live. Nous allons donc
enregistrer plusieurs dates lors de notre prochaine tournée mondiale,
et voir ce qu'il en ressort. Et si c'est assez bon, que nous en
sommes satisfaits, alors nous pourrons sortir un nouveau disque
live.
Ce serait bien, car votre unique album
live à ce jour, Tokyo Tales, remonte à 1993, et les fans aimeraient
sûrement entendre live des morceaux comme " Imaginations from
the other Side " ou " Nightfall "…
En fait, nous nous étions fixé comme " règle " d'enregistrer au
moins 3 albums studio entre chaque album live. Mais bon, personne
ne pouvait deviner qu'il nous faudrait 9 années pour sortir 3
albums après Tokyo Tales (rires) ! En tout cas maintenant nous
avons nos 3 vrais albums réglementaires, donc nous pouvons sortir
un nouveau live ! Ca devrait être intéressant, car nous avons
joué les morceaux de IftoS sur 2 tournées jusqu'à présent, donc
nous sommes bien rodés avec, et certains morceaux de NiME se sont
avérés très bien passer l'épreuve de la scène. Par contre, les
nouveaux morceaux vont être vraiment difficiles à reproduire sur
scène, à cause de leurs multiples arrangements et de la production
complexe. Alors on répète beaucoup afin qu'ils rendent bien en
concert, mais c'est difficile…
Thomen : C'est là qu'on se
rend compte de nos limites (rires) !
Andre : Exactement, on ne
peut qu'apprendre de cette expérience ! Et ce sera sympa de jouer
les nouveaux titres, car quand on joue les anciens, c'est un peu
toujours la même chose pour nous. C'est toujours agréable d'avoir
un petit défi à relever.
Jouerez-vous " And then there was Silence"
?
Non, pas sur cette tournée, car nous avons encore besoin de voir
comment la faire sonner sur scène. Et pour l'instant c'est trop
difficile. La partie la plus ardue est tout le côté orchestral,
et je crois que ce serait un peu bête de n'entendre que quelques
orchestrations issues d'un clavier sur scène. Alors, peut-être,
je dis bien peut-être, que nous pourrons essayer quelque chose
avec des musiciens classiques, mettons une dizaine de personnes,
et dans ce cas, ça pourrait être faisable en live… En tout cas,
on a au moins besoin d'un chanteur supplémentaire. C'est surtout
ça qui pose problème avec cette chanson. Pour les guitares, ce
serait facile, idem pour la batterie et la basse, mais en ce qui
concerne le chant et les orchestrations…
Ca pourrait être un peu comme Therion
?
(hésitant) …Un peu comme Therion… avec un petit quelque chose
en plus! (éclats de rire partagés avec Thomen)
Vous jouerez en tête d'affiche au prochain
Wacken Festival. Je suppose que vous en êtes ravis ?
Oui ! On est vraiment contents, on est impatients de présenter
le meilleur show qui soit, car nous ferons un véritable spectacle.
Nous avons déjà joué dans pas mal de festivals, mais là ça va
être vraiment énorme, ils attendent 80 000 personnes ! Alors on
va vraiment faire quelque chose de spécial, avec un show assez
particulier, plus long, plus surprenant… on va vraiment faire
un truc unique. (Thomen doit alors nous laisser, il est demandé
au téléphone).
Andre, as-tu vu le Seigneur des Anneaux
de Peter Jackson?
Non ! Hansi l'a vu, Thomen l'a vu, Marcus l'a vu, mais pas moi
! Ils disent tous 3 que c'est le meilleur film de tous les temps,
et que c'est à des lieues de ce qui a pu se faire jusqu'à présent.
Thomen trouve que seule la musique aurait pu être un poil meilleure.
Beaucoup de fans pensent ça ! A propos,
je sais que vous auriez aimé participer à la bande originale du
film…
Oui. Quand on a su que ce film allait être tourné, on s'est dit
qu'on pourrait proposer des titres à nous, car à ce moment-là
nous étions en train de travailler sur un projet particulier,
basé sur de la musique orchestrale, sans le côté metal. On avait
environ 30 minutes de musique prête, dans le plus pur style Tolkien,
si je puis dire. C'est un truc vraiment génial, d'ailleurs Hansi
et moi pensons que c'est la meilleure musique que nous ayons jamais
écrite. C'est cela que nous voulions proposer à Peter Jackson,
mais malheureusement c'est à cette époque qu'Hansi a eu ses problèmes
d'audition, du coup on n'a pas pu enregistrer de demo. Après ça,
il a dû bosser sur Demons & Wizards, ce qui lui a pris plusieurs
mois, et au final on n'avait toujours pas de demo prête. Alors
quand on a appelé l'agence de Peter Jackson, ils avaient déjà
trouvé ce qu'ils voulaient pour faire la bande originale, donc
il n'y avait pas de place pour nous. De toute façon, pour ce genre
de grosses productions hollywoodiennes, nous sommes un groupe
si petit et si insignifiant que nous n'aurions eu aucune chance
d'être choisis. Certains pensaient que nous proposerions de la
musique typée metal, mais ce n'est pas ce que nous prévoyions.
On avait vraiment de la musique orchestrale, avec partitions et
tout…C'est mieux que tout ce qu'on a fait jusqu'ici.
A ce point ? Mieux que NiME ?
Oui… (sourire)
J'ai vraiment hâte d'entendre ça. Sais-tu
déjà quand ça sortira ?
Oui, on va maintenant se remettre à composer pour ce disque, car
on avait commencé en même temps qu'on écrivait NiME. Ce sera peut-être
notre prochain album. Mais ça veut dire que ce ne sera pas avant…
2004 (rires) !!
Ne crains-tu pas que la frange la plus
métallique de vos fans ne soient déçue par un album de BG entièrement
orchestral ?
Si, c'est pourquoi on présentera ça comme un projet solo, de façon
à ce que chacun sache qu'il ne s'agit pas d'un album normal de
BG. Ce sera de la musique orchestrale, un concept-album qui plus
est, qui ne concerne pas tout le groupe. Ceci sera annoncé clairement,
ainsi ceux qui n'aiment pas ce style de musique ne seront pas
surpris.
Ca ne sortira pas sous le nom de Blind
Guardian ? Vous prendrez un nom qui s'y apparente ?
Ce n'est pas encore défini, pour des raisons contractuelles. Je
pense que nous présenterons ce projet comme ayant un rapport avec
BG, de façon à ce que les gens sachent d'où ça vient, alors nous
le présenterons comme une autre facette de BG, en quelque sorte…
Ainsi tout le monde saura que ce n'est pas un groupe de metal,
mais un groupe " orchestral ".
Ca tombe bien que tu m'aies parlé de
ce projet, car je comptais te demander quand/si vous enregistreriez
un nouveau concept-album. Car je crois que ANatO n'en est pas
un…
Non. Il se compose de différents thèmes qui peuvent avoir des
aspects communs, mais ce n'est pas à proprement parler un concept-album.
Comme je te l'ai dit tout à l'heure, on ne veut pas se répéter,
et il aurait été idiot de sortir 2 concept-albums à la suite.
Nous essayons de toujours apporter quelque chose de nouveau, surtout
qu'Hansi avait beaucoup d'idées pour les paroles sur des thèmes
variés, donc il n'y avait pas de raison pour que ce nouvel album
soit conceptuel.
Où avez-vous trouvé votre inspiration
; cette fois ?
Ca vient de thèmes divers et variés, même si on reste dans l'heroic
fantasy, bien sûr. Mais tu sais, je ne suis pas le spécialiste
des paroles, alors c'est délicat pour moi de parler de ça. Thomen
est censé suppléer Hansi dans ce rôle, mais vu que là je suis
tout seul… (sourire embarrassé) Disons qu'Hansi a écrit les paroles
dans son coin, il avait pas mal d'imagination et… euh… je ne sais
pas quoi te dire (rires) !
T'as pas l'air à l'aise, là…
Non, je ne suis pas à l'aise du tout! Euh… On enchaîne, d'accord
? (rires)
Bon ok, j'arrête la torture. Parlons
de la musique alors. Là c'est ton domaine ! Ce qui m'a frappé
à l'écoute du nouvel album, c'est l'atmosphère générale qui y
règne. NiME se situait dans une ambiance sombre et triste, tandis
que ANatO sonne beaucoup plus " joyeux ". Je ne dis pas que vous
avez composé du Edguy, mais le climat général de l'album paraît
assez léger…
Oui. C'est une ambiance générale due à la fois aux paroles et
à la musique. Elle frappe autant que celle de NiME, car il s'agit
toujours de metal, mais même si les morceaux sont parfois violents,
l'atmosphère des chansons est optimiste. Au final le message est
positif, et les morceaux te donnent de l'énergie, tandis que l'écoute
de NiME te plongeait dans des sentiments tristes et déprimants.
Oui, c'est tout à fait ce qu'on ressent.
Y compris au niveau du chant, car les refrains ont des sonorités
assez joyeuses et toujours entraînantes, un peu comme s'ils étaient
chantés par une troupe de nains qui rentrent contents de la mine
après une bonne journée de labeur, ou un bataillon de soldats
qui part au combat plein de courage et d'espoir, si tu préfères
cet exemple (rires)…
Oui, je vois tout à fait. C'est tout simplement dû à l'air du
temps. Nous étions de bonne humeur en composant, et ça se ressent
dans notre musique. Là encore ce n'était pas intentionnel, mais
notre état d'esprit s'y est retrouvé.
Vous vous produirez live à Paris le
10 juin prochain, à l'Elysée-Montmartre. Je suppose que ça vous
fait plaisir, car vous n'avez jamais joué dans une salle aussi
grande à Paris…
Ben c'est vrai que nous avons joué 3 ou 4 fois à la Loco, mais
encore jamais à l'Elysée-Montmartre. On est donc très contents,
car ça veut dire que le public français nous connaît mieux, et
qu'on a gagné des fans chez vous !
Oui, c'est un juste retour des choses.
C'est NiME qui vous a apporté pas mal de nouveaux fans, et je
suis certain que le prochain album va vous en faire gagner d'autres.
Au fait je me demande : vivez-vous de votre musique ?
Oui, et ça fait longtemps. Depuis 1989, Blind Guardian nous permet
de gagner assez d'argent pour vivre normalement. Je sais qu'en
France nous ne touchons qu'une infime partie de la population
et que nous vendons pas plus de disques que ça, mais en Allemagne,
au Japon ainsi que dans d'autres pays, ça marche très bien pour
nous, et chacun de nos albums se vend à plusieurs milliers d'exemplaires.
Ah ? Eh bien je suis content pour vous,
car vous le méritez. Pour finir, j'ai quelques petites questions
un peu particulières. Du genre : comptez-vous ressortir les vieilles
demos du temps où Blind Guardian s'appelait encore Lucifer's Heritage
? J'aimerais bien entendre des morceaux comme " Brian ", " Symphonies
of Doom ", " Halloween ", etc…
(rires) Oh la la !! Ca ne risque pas, c'est trop mauvais ! Déjà
que je trouve que certains morceaux de nos premiers albums craignent
pas mal, mais là pour ces demos… c'est trop nul ! Tu sais, si
ces morceaux n'ont pas été enregistrés pour Battalions of Fear,
il y a bien une raison. Je me souviens qu'à l'époque on glandait
pas mal. On était surtout potes à la base, et on a monté un groupe
juste pour le fun. On était déjà à fond dans le trip fantasy,
mais on ne jouait vraiment pas bien, et nos compos sonnaient comme
du mauvais Helloween. Puis le jour où quelqu'un de la maison de
disques a entendu notre demo et l'a appréciée, il nous a fallu
nous mettre des coups de pieds au cul pour répéter et composer
de nouveaux morceaux un peu meilleurs !
Thomen (qui vient de revenir)
: C'est vrai qu'on n'en foutait pas une… (A Andre) Tu te souviens
? On passait nos journées à jouer aux cartes. On se disait : "
Une petite partie et on répète, OK ?" Puis on faisait partie après
partie, et à la fin de la journée : " Wow, déjà cette heure-là
? Et on n'a même pas répété ! Bon allez tant pis, on bossera demain…
" Et c'était comme ça tous les jours ! Ah, c'était le bon temps
! (rire général).
Et ensuite pourquoi avez-vous choisi
de vous appeler Blind Guardian ?
Andre : Eh bien, le jour où
nous avons réalisé que le nom Lucifer's Heritage était vraiment
trop cliché et ridicule, on a décidé d'en choisir un autre. On
a demandé à tout le monde, y compris nos amis, de proposer une
dizaine de noms, et on a fait notre choix d'après ces listes.
Toute suggestion était bienvenue, à condition que ça ait un rapport
avec l'heroic fantasy.
Te souviens-tu des autres noms proposés
?
Hmmm… Non, je suis désolé. Mais il y avait beaucoup de ridicules
! (rires)
Et pourquoi " Blind Guardian " a-t-il
été retenu, alors ?
Parce que ça sonnait bien ! Il n'y a aucune signification particulière
! On aimait bien ce nom car ça rappelait le côté fantastique,
et on aimait le mystère soulevé par le fait qu'un gardien puisse
être aveugle. Rien d'autre. Ca sonnait bien, c'est tout (rires)
!
OK. Eh bien je crois qu'on va s'arrêter
là, ça fait tout de même une heure qu'on discute et vous devez
avoir un planning de promo très chargé. Je vous remercie pour
votre patience et votre bonne humeur, et vivement le 10 juin,
on y sera !
Merci, sans problèmes !
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