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INTERVIEW |
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Salut Bruno. Killers
a fêté ses 20 ans d'existence il y a peu. Peux-tu
nous faire un bilan de ces 20 années ?
Plein de bons moments de musique, de fête, de prises
de têtes, de sentiments forts, de frustrations, de joies
intenses, d émotions partagées (je l’espère),
de déceptions (parfois mais vraiment très rarement),
jamais de doutes (puisque pas d’illusions fondamentalement
irréalisables), plein de souvenirs et de moments de plaisir
avec chaque personne (sans exception) qui a côtoyé
KILLERS.
Bref, la vie qui suit son cours comme celle de pas mal de nos
contemporains …
Killers est le seul groupe français
avec cette longue longévité, avez- vous un secret
? Qu'est-ce qui vous fait tenir là où tant d'autres
ont lâché ?
Chaque jour, chaque semaine, chaque mois qui se présente
me révèle des surprises et des envies nouvelles
donc au niveau de la motivation, c’est une chose plutôt
facile à ressentir.
Mine de rien, on est ensemble avec la formation actuelle depuis
plus de six ans et ça aide forcément à envisager
les choses avec sérénité et envie.
Sinon pour ce qui concerne globalement le passé, c’est
d’abord dû au fait que l’histoire du groupe
est liée à ma personne et comme je ne suis pas du
style à avancer sur coup de tête, ça aide.
Par contre, je n’aurai pas pu faire grand-chose tout seul
donc ça reste une aventure partagée mais il est
clair que la manière dont j’ai mené la barque
a sûrement contribué à ce que les choses soient.
On m’a souvent charrié en faisant passer cette façon
d’être pour du manque d’ambition mais ça
me fait bien marrer car tous ceux qui l’ont fait ont disparu
du circuit depuis belle lurette.
Idem en terme de production et de son, chacun fait ce qu’il
veut mais on n’a jamais privilégié cet aspect
des choses en pensant qu’il fallait garder les pieds sur
terre sans délirer outre mesure car, avant tout, ce sont
les morceaux en eux-mêmes qui priment.
Bien sûr que l’on préfèrerait bénéficier
d’un son plus « gros » mais si pour cela il
faut mettre vingt ou trente SMIC sur la table alors que l’on
n’en touche même pas quatre en bossant tous à
côté et que cela ne nous ramènerait quasiment
rien de plus : il faut qu’on m’explique comment faire.
Petite précision concernant les même pas quatre
SMIC, ils existent juste car on a tous un boulot extra-musical.
C’est ça la réalité hexagonale depuis
toujours et ce n’est pas près de changer (sauf dans
l’esprit de ceux qui croiront à nouveau avoir tout
compris et qui seront les nouveaux futurs déçus
qui foutront une ambiance de merde dans la « baraque »
avant de mettre les voiles pour aller polluer d’autres horizons).
Heureusement qu’il reste plein de passionnés fidèles
qui savent faire tri.
J’ai même eu des échos concernant des gens
(pas forcément ignorants de la réalité des
choses dans l’hexagone puisque membres actifs d’un
certain underground) qui parlaient de « limousines »
à mon sujet.
Je trouve souvent très dommage que des gens s’avancent
à dire n’importe quoi. En fait, je m’en branle
car nous sommes vraiment très à l’aise sur
ce terrain et, tant qu’ils ne comprendront pas qu’ils
ne pourront jamais nous atteindre sur ce plan, on est plutôt
contents car ils perdent leur temps et cela ne fera que précipiter
leur départ.
Pour revenir aux chroniques et aux appréciations diverses,
il arrive parfois que les critères purement techniques
et sonores soient mis en exergue pour émettre certaines
réserves. C’est tout à fait normal si l’on
considère que l’on se doit de communiquer des éléments
concrets à un éventuel auditeur potentiel mais il
faut comparer ce qui est comparable et remarquer ce qui est remarquable,
à savoir ce qu’arrivent à faire pleins de
groupes avec peu de moyens au regard de certains qui bénéficient
de moyens autrement plus conséquents.
Mais bon … c’est un truc à assimiler et à
vite oublier : un chroniqueur se doit de passer ses infos en se
basant uniquement sur le rendu sous peine de se retrouver dans
sa boite les habituels boulets qui n’auront de cesse que
de lui rappeler qu’ils auront perdu 10 euros (pour ce qui
nous concerne).
Je me demande si parfois pour les éviter il ne faudrait
pas qu’on applique le principe « satisfait ou remboursé
» ;o)
Enfin bref, c’est une histoire compliquée et l’essentiel
est que l’on soit toujours là ;o)
Le DVD « 1999 / 2004 »
est sorti pour l'occasion, mais il ne retrace pas toute la carrière
du groupe. As-tu prévu un DVD sur les 20 ans de Killers
?
Il n’y aura pas de DVD sur la célébration
des 20 ans de Killers d’une part car Olivier NELLI avait
d’autres engagements pour cette période et d’autre
part parce que je pense que « 1999 / 2004 » est déjà
assez révélateur de l’esprit actuel. Certes
l’aspect festif et anniversaire aurait contribué
à ajouter du piquant mais on va sûrement réserver
ça aux 25 ans du groupe qui, mine de rien, se profilent
dans quatre ans et demi.
Sinon, il est évident que le DVD a été daté
sur une période précise car toutes les autres périodes
de KILLERS feront l’objet du même traitement sur différents
DVD.
Le prochain couvrira les tout débuts (1984 / 1986).
J'ai donc eu l'occase de discuter pas mal avec Patrice (Le Calvez)
à Bidache et je lui ai proposé un truc le lundi
suivant :
Vous ne devez pas le savoir mais deux de ses mômes sont
atteint de myopathie. (il a deux fils et une fille, les deux garçons
sont concernés). On en avait pas mal discuté il
y a quelques temps et depuis les choses se sont malheureusement
pas mal accélérées dans le mauvais sens.
Je lui ai proposé de réunir les docs vidéos
que je possédais pour réaliser un DVD sur la période
1984/1986. Compte tenu que les documents existants ne nécessiteront
pas un très gros travail de montage, en conservant un prix
de vente de 16 euros (hors frais de port), on devrait pouvoir
arriver à ressortir au minimum 8 euros de bénéfice
(en gardant 8 euros pour les autres frais). Le bénéfice
net correspondant serait versé au téléthon
ou directement à une association de son choix.
Voilà ...
Pour la période qui concerne Patrick Soria (1991 / 1994
et 1995 / 1998), je pense que le plan sera malheureusement également
d'actualité car sa fille souffre de mucovicidose. Je lui
en ai également parlé et il est bien sûr ok
car, comme Patrice, il se bouge énormément pour
faire avancer les choses.
Ça se fera de toute façon plus tard car dans un
premier temps, je souhaiterai commencer à voir 1984/1986
avec Patrice. (il a contacté les autres = Michel et Didier
et ils sont ok, pour Pierre, il n'a pas encore réussi à
le joindre).
On doit se voir avec Patrice vers la mi-décembre pour
commencer à mettre ça en place.
Malgré le fait que ce DVD
ne soit pas fait par des professionnels, Olivier Nelli, le réalisateur
a fait du très bon boulot. Pensais-tu avoir ce résultat
au début ?
Je savais très bien dès le début que le travail
d’Olivier arriverait à être excellent. Il connaît
très bien le groupe et a réussi à capter
totalement notre esprit. Il faut bien se représenter qu’il
a commencé à nous filmer en 2001 en connaissant
donc bien Nicko pour l’avoir pas mal côtoyé
avant, pendant et après les concerts. Il a donc ensuite
vécu et subi à sa façon notre douleur.
Rajouté à cela, il a visionné des heures
et des heures de choses plus ou moins intéressantes sur
notre périple « Wackenien » donc quelque part,
il s’est retrouvé au cœur de nos différentes
histoires en les observant avec un œil sélectif visant
à en tirer la substantifique moelle (si tant est qu’il
y en ait une ;o).
Le « plus » inestimable est qu’il l’a
fait avec le talent qui est le sien en rajoutant plein de clins
d’oeils, de trouvailles et d’observations bien senties.
Compte tenu des images qu’il avait en sa possession, il
a réalisé un coup de maître.
Olivier a des projets précis concernant ses propres réalisations
mais j’espère qu’il continuera quand même
à bosser avec des groupes de Metal car il est LE gars qui
a tout compris et, compte tenu de son jeune âge, il est
certain qu’il va tout exploser.
Dans le documentaire sur Wacken
on y entend 2 titres inédits, peux-tu nous en dire plus
sur ces titres? Il s’agit de « Histoire
d’un homme » et « Témoin » qui
ont été enregistrés en 2000 dans le but d’apparaître
sur « Mauvaises graines » mais finalement pour des
questions de cohésion et de cohérence, on a décidé
de les laisser de côté.
Par contre, comme on a toujours aimé ces morceaux, on
a décidé de les confier à Olivier pour qu’il
puisse éventuellement les utiliser et les illustrer et,
compte tenu du résultat, on ne le regrette pas car il les
a transcendés.
"Habemus metal" votre
dernier album studio date de 2002, "Le côté
live !" lui est de 2003, cette année il y a le dvd,
je suppose que l'année prochaine il y aura un nouvel album
studio ?
Tu supposes bien : ce sera le cas ;o)
Peux-tu m'expliquer pourquoi vous
avez repressé des albums plus disponibles avec une nouvelle
pochette ?
Actuellement, cela concerne « Fils de la haine » et
ça tombe bien car Xavier m’avait toujours donné
l’impression d’avoir des regrets à ce sujet
donc je suis heureux qu’il ait pu « actualiser »
les choses à son gré, cette fois-ci. C’est
tout simplement parce qu’on arrivait en bout de stock et
qu’il nous fallait faire des retirages.
J’ai décidé de profiter de l’occasion
pour agrémenter les nouveaux exemplaires d’un tout
nouveau livret associé à une jaquette arrière
inédite et une quadri de la pochette directement placée
sur le support CD. Le tout réalisé comme d’habitude
par Xavier LORENTE DARRACQ avec le talent qu’on lui connaît.
Par contre, au niveau du son, c’est exactement le même
album.
J'ai vu que côté concert,
Bidache était bien servi, peux-tu nous parler de ce concept
que vous avez développé ?
On a fait un premier constat qui nous a amené à
remarquer que, mises à part quelques organisations extrêmement
ponctuelles et rares, notre secteur commençait à
devenir un désert sur le plan des concerts metal. On a
donc commencé à organiser des dates ponctuelles
mais on s’est vite rendu compte que l’essentiel de
la fréquentation effective de ces concerts (hors audience
Killers) était constitué des habituels metalleux
qui se bougent le cul parce que ce sont avant tout des passionnés
qui savent, qu’en dehors de la notoriété et
de l’aura médiatique d’un groupe, il y a de
belles découvertes à faire.
On a donc décidé de recadrer les choses en optant
pour une périodicité mensuelle afin de voir si une
fidélisation peut être un critère influent
en terme de fréquentation. Dans le même temps, on
a mis en place un système basé sur un défraiement
répondant à des conditions précises qui certes
sont ce qu’elles sont mais qui proposent aux groupes une
technique et une logistique, à notre avis, appréciable.
Lors de ce premier cycle de neuf mois, nous aurons pu proposer,
sur dix dates, à une trentaine de groupes hexagonaux de
partager notre scène en y associant une dizaine de groupes
locaux.
Cela est déjà, en soi, une réussite et si,
dans chaque département hexagonal, on pouvait arriver à
faire en sorte que cela existe sous une forme plus ou moins similaire,
bien des choses seraient différentes. Lorsque je dis cela,
il est bien évident que je ne parle pas des secteurs dans
lesquels beaucoup de mecs méritants se bougent déjà
le cul. Je parle d’autres secteurs, malheureusement très
nombreux dans l’hexagone, qui restent morts alors qu’un
public potentiel existe Je sais bien sûr que ce n’est
pas évident car les structures hexagonales ne sont pas
forcément très présentes mais je reste persuadé
qu’à différents niveaux il y a des choses
à faire.
Il faut commencer petit et raisonnable en essayant de se baser
sur une fréquentation minimale pour perdurer. Plein de
groupes hexagonaux talentueux ont besoin que des circuits se développent.
J’espère que cela bougera un peu plus car ils le
méritent vraiment.
De notre côté, nous fonctionnons sur un système
de co-organisation avec le patron d’un hôtel restaurant
qui s’occupe donc de l’hébergement des groupes
non locaux (+ petits déjeuners et déjeuners avant
de reprendre la route), des repas de tous les musiciens et techniciens
pour le soir du concert, de la fourniture de tickets boisson pour
les participants, de la location de la salle et des assurances
inhérentes à celle-ci et de la prise en charge de
la moitié de la location du matériel de sonorisation
et d’éclairage. Il peut alors s’occuper de
la buvette du concert et en encaisser les bénéfices
pour financer ses frais.
Nous pouvons compter sur les entrées pour défrayer
les groupes, payer la moitié restante de la location du
matériel de sonorisation et d’éclairages,
financer la promotion du concert, défrayer les gens qui
s’occupent de placer le plus grand nombre d’affiches
et de tracts, régler la Sacem et le personnel qui s’occupe
des entrées et financer un apéro conséquent
;o) que nous offrons aux musiciens et aux techniciens.
Nous mettons à disposition des groupes l’ensemble
de notre matériel (batterie comprise) afin qu’ils
puissent éviter d’avoir l’ensemble de leur
matériel à emmener avec eux. Voilà en gros
les grandes lignes du principe.
Pour ce qui nous concerne, nous ferons un point à la fin
du premier cycle pour éventuellement recadrer certaines
choses mais nous comptons bien continuer le plus longtemps possible.
Afin de concilier scène et studio, nous passerons peut-être
la périodicité de ces concerts de 4 à 6 semaines
mais, avant de voir ce style de chose, nous voulons d’abord
arriver au bout pour analyser cette première saison dans
son ensemble.
Si par hasard des gens souhaiteraient avoir un peu plus de renseignements,
je me ferai un plaisir de les leur fournir s’ils me contactent
directement. Pour les coordonnées, elles sont disponibles
sur www.bidache-metal.fr.fm.
Surtout, n’hésitez pas, si notre petite expérience
peut servir, nous n’en serons que plus heureux.
Quel effet ça fait d'avoir
un tribute à Killers ?
Heureusement qu’on ne m’a pas posé la question
avant que cela se fasse car j’aurai eu (connement) un a
priori négatif. Maintenant que cela est, je dois reconnaître
que j’aurais eu tort car j’ai eu un plaisir certain
à entendre les interprétations dans leur ensemble
car chaque groupe l’a fait avec son cœur et son style
en prenant bien soin de le faire avec sa propre sensibilité
selon ses moyens et sa propre perception du groupe.
Il y aura forcément des préférences qui
se feront mais pour ce qui nous concerne, nous tenons à
dire que nous avons vraiment apprécié et que nous
espérons que cela pourra se reproduire le plus souvent
possible. Merci très sincère et chaleureux à
tous les groupes qui nous ont fait ce cadeau précieux.
Sinon, nous avons également appris que des membres de
la meute des fidèles de Killers avaient participé
au financement de ce tribute, tu te doutes que c’est une
situation qui nous fait encore plus apprécier son existence
et qui nous va droit au coeur.
Peux-tu nous donner ton avis sur
les interprétations des titres ?
Non, désolé … c’est un truc personnel
et je ne le ferai pas. Si un jour tu m’entends donner un
avis sur l’interprétation de l’un de nos titres,
ce sera sûrement parce qu’elle m’aura foutu
en rogne mais j’espère que cela n’arrivera
jamais.
Pour le moment, ce n’est pas le cas et c’est plutôt
aux groupes participants que j’ai envie de penser en les
remerciant pour leur salut.
L'interview touche à sa
fin... un mot pour mes lecteurs ?
Pensez à nous soutenir en achetant le nouveau DVD, je pense
que si vous ne serez pas déçus. Soutenez également
le tribute à Killers intitulé « Les fils des
loups », cette initiative nous a vraiment touché
en cette année anniversaire. Vous découvrirez à
n’en pas douter des groupes talentueux qui méritent
votre soutien.
Sinon, je suis certain que vous êtes tous déjà
très actifs chacun à votre niveau mais essayez de
voir si d’autres implications sont envisageables ou pas.
Si c’est le cas, n’hésitez pas une seule seconde
et foncez car le metal hexagonal mérite que tout le monde
se bouge au maximum de ses possibilités.
Si ce n’est pas le cas, mettez un point d’honneur
à supporter directement les groupes en concert.
Il faut vraiment que l’hexagone metalleux se mobilise car
en ces temps difficiles, c’est absolument vital.
Pas de catastrophisme, il y en a plein le cul d’entendre
des gens se lamenter : de l’optimisme, des actes et de la
motivation !!!

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